Le Gabon dispose, à travers sa diaspora juridique, d’un vivier de compétences considérable. De nombreux juristes et avocats gabonais exercent aujourd’hui à l’étranger, au sein de barreaux exigeants, de cabinets internationaux, d’entreprises, d’institutions publiques ou d’organisations intergouvernementales. Ils ont acquis une expérience précieuse en droit des affaires, droit international, arbitrage, fiscalité, propriété intellectuelle, droit du numérique, droit bancaire, droit de l’environnement, droit public, droits fondamentaux ou encore contentieux transnationaux.
Dès lors, la question mérite d’être posée avec franchise : le Barreau du Gabon a-t-il intérêt à compliquer l’inscription de ces avocats ou, au contraire, à organiser leur intégration dans un cadre rigoureux, transparent et protecteur de la profession ?
La réponse paraît évidente. Le Gabon n’a aucun intérêt à tenir à distance ses propres compétences. Il doit, au contraire, les attirer, les associer et les mobiliser.
I. La diaspora juridique gabonaise constitue une richesse, non une menace
Un avocat gabonais exerçant à l’étranger n’est pas un concurrent extérieur. Il est un professionnel ayant souvent bénéficié d’une double culture juridique, d’une pratique comparative du droit et d’une exposition à des dossiers internationaux.
Son inscription au Barreau du Gabon ne prive aucun confrère local de sa clientèle ni de son activité. Elle peut, au contraire, créer de nouvelles opportunités de collaboration, faciliter l’orientation des dossiers transfrontaliers et renforcer la capacité des avocats établis au Gabon à intervenir dans des opérations complexes.
Il convient donc de rompre avec une logique de méfiance. La diaspora ne doit pas être regardée comme un corps étranger à la profession. Elle constitue une extension naturelle du Barreau gabonais au-delà des frontières nationales.
Empêcher ou décourager l’inscription de ces confrères revient à se priver volontairement d’expériences, de réseaux et de compétences susceptibles de bénéficier à l’ensemble de la profession.
II. Fermer l’accès au Barreau favorise les cabinets étrangers
Lorsqu’une entreprise gabonaise, une administration ou un investisseur recherche une expertise internationale, il se tourne fréquemment vers des cabinets étrangers.
Cette situation n’est pas toujours justifiée par l’absence de compétences gabonaises. Elle résulte parfois de l’insuffisante visibilité et de la faible intégration institutionnelle des avocats gabonais exerçant hors du territoire.
En compliquant leur inscription, le Barreau du Gabon ne protège donc pas nécessairement les avocats locaux. Il peut, à l’inverse, laisser davantage de place aux cabinets étrangers qui interviennent sur des opérations importantes sans véritable rattachement à la profession nationale.
Un avocat de la diaspora inscrit au Barreau du Gabon peut servir de trait d’union entre les marchés internationaux et les cabinets gabonais. Il peut associer des confrères locaux aux dossiers, créer des partenariats, organiser des transferts de compétences et faciliter la captation d’une part plus importante de la valeur juridique produite autour des projets concernant le Gabon.
L’alternative est simple : soit les dossiers internationaux sont traités par des cabinets étrangers, soit ils sont également traités par des avocats gabonais organisés en réseau. La seconde solution est manifestement préférable.
III. Une ouverture maîtrisée renforcerait la qualité de la profession
L’ouverture du Barreau aux avocats de la diaspora ne signifie ni suppression des conditions d’accès ni affaiblissement des exigences déontologiques. Il ne s’agit pas de revendiquer une inscription automatique sur le seul fondement de la nationalité. Il s’agit de mettre en place une procédure lisible, objective et proportionnée, tenant compte :
- de la qualification du candidat ;
- de son inscription effective à un barreau étranger ;
- de son expérience professionnelle ;
- de l’absence de sanction disciplinaire ;
- de sa connaissance des principes essentiels du droit gabonais ;
- de son engagement à respecter les règles déontologiques du Barreau du Gabon.
Des mécanismes de contrôle peuvent parfaitement être prévus : entretien, formation complémentaire, épreuve de déontologie, obligation de domiciliation professionnelle, exercice en collaboration avec un confrère local ou période d’intégration.
La rigueur est nécessaire. L’obstruction ne l’est pas. Une profession forte n’est pas celle qui ferme ses portes. C’est celle qui sait accueillir les compétences tout en maintenant un niveau élevé d’exigence.
IV. L’inscription des avocats de la diaspora favoriserait la transmission des compétences
La profession d’avocat évolue rapidement. Les enjeux liés à la conformité, à la cybersécurité, à l’intelligence artificielle, à l’arbitrage, au financement international, à la commande publique, à la responsabilité environnementale ou à la protection des données nécessitent une adaptation constante.
Les avocats de la diaspora peuvent contribuer à cette adaptation. Ils peuvent participer à la formation des jeunes confrères, intervenir dans des conférences, partager des outils, transmettre des méthodes de travail et favoriser l’émergence de cabinets gabonais capables de concurrencer les structures internationales.
Leur intégration peut également faciliter la création de réseaux de correspondants dans plusieurs pays, au bénéfice direct des clients gabonais confrontés à des problématiques de succession, d’investissement, d’immigration, de commerce ou de contentieux à l’étranger.
Le Barreau gagnerait ainsi en expertise, en visibilité et en capacité d’influence.
V. L’ouverture renforcerait l’attractivité juridique du Gabon
L’attractivité d’un pays ne dépend pas seulement de sa fiscalité, de ses infrastructures ou de ses ressources naturelles. Elle dépend aussi de la qualité de son environnement juridique.
Les investisseurs recherchent des interlocuteurs capables de comprendre à la fois le droit national et les standards internationaux. Ils attendent une profession indépendante, structurée, réactive et ouverte sur le monde.
En facilitant l’intégration des avocats de la diaspora, le Barreau du Gabon enverrait un signal positif : celui d’une profession moderne, confiante dans ses forces et capable de mobiliser les compétences gabonaises partout où elles se trouvent.
Cette politique contribuerait également au rayonnement du droit gabonais à l’étranger. Chaque avocat gabonais inscrit dans plusieurs espaces professionnels peut devenir un ambassadeur du droit, des institutions et des opportunités économiques du Gabon.
VI. Le protectionnisme professionnel ne doit pas produire l’effet inverse
La volonté de protéger les avocats exerçant au Gabon peut être légitime. Mais encore faut-il que les moyens retenus soient adaptés.
Une politique excessivement restrictive risque d’appauvrir le Barreau, de décourager les talents et d’éloigner durablement des professionnels qui souhaitent pourtant conserver un lien avec leur pays.
Elle peut également générer un sentiment d’injustice chez les avocats gabonais de l’étranger, qui demeurent attachés au Gabon, souhaitent y contribuer et ne comprennent pas toujours les obstacles opposés à leur inscription.
La protection de la profession ne peut consister à exclure les compétences nationales. Elle doit consister à organiser leur coopération.
L’enjeu n’est donc pas de choisir entre les avocats du Gabon et ceux de la diaspora. L’enjeu est de permettre à tous de travailler ensemble dans un cadre équitable, discipliné et conforme à l’intérêt de la profession.
VII. Pour une politique d’inscription claire, transparente et ouverte
Le Barreau du Gabon gagnerait à adopter une doctrine d’accueil explicite à l’égard des avocats gabonais exerçant à l’étranger. Cette doctrine pourrait reposer sur quatre principes :
- La transparence, avec des conditions d’inscription publiées et identiques pour tous ;
- L’objectivité, avec des décisions fondées sur des critères vérifiables ;
- La proportionnalité, afin d’éviter que les exigences imposées ne deviennent des obstacles injustifiés ;
- La coopération, en favorisant les liens entre avocats locaux et avocats de la diaspora.
Une commission dédiée pourrait être instituée afin d’examiner les candidatures, d’identifier les difficultés et de proposer des dispositifs d’intégration adaptés.
Le Barreau pourrait également créer un statut ou une modalité d’exercice spécifique pour les confrères établis à l’étranger, leur permettant de contribuer à la profession tout en tenant compte de leur résidence et de leurs obligations dans leur barreau d’origine.
Conclusion
Le Gabon ne peut pas réclamer la mobilisation de sa diaspora tout en fermant les portes de ses institutions professionnelles à ceux qui souhaitent servir leur pays.
Les avocats gabonais de l’étranger ne demandent pas un privilège. Ils demandent que leurs compétences, leur expérience et leur attachement au Gabon soient examinés avec équité.
Ouvrir davantage le Barreau du Gabon à la diaspora, dans le respect de conditions sérieuses et transparentes, ne diminuerait pas la profession. Cela la renforcerait.
Ce choix permettrait :
- d’élargir les compétences disponibles ;
- de développer les partenariats internationaux ;
- de renforcer les cabinets locaux ;
- de mieux défendre les intérêts gabonais à l’étranger ;
- d’accroître l’attractivité juridique du pays ;
- de consolider l’unité et la solidarité de la profession.
Le véritable risque ne réside pas dans l’ouverture. Il réside dans l’isolement.
Le Barreau du Gabon doit faire le choix de la confiance, de l’excellence et de l’intelligence collective. Il doit considérer les avocats de la diaspora non comme des concurrents à tenir à distance, mais comme des partenaires à mobiliser au service de la profession, de la justice et du Gabon.
Le RIAG, réseau d’avocats au service de cette ambition
Le Réseau international des avocats gabonais incarne précisément cette vision d’une profession ouverte, organisée et solidaire. Fondé en 2020, le RIAG rassemble des avocats gabonais inscrits à des barreaux au Gabon et à l’étranger, unis par la volonté de défendre les intérêts de la profession et d’accompagner les justiciables, où qu’ils se trouvent.
Les avocats membres du RIAG se tiennent à la disposition des confrères de la diaspora, des institutions, du Barreau du Gabon et des pouvoirs publics pour :
- accompagner les démarches d’inscription au Barreau du Gabon ou d’exercice en multi-barreaux ;
- apporter une expertise comparative sur les dispositifs d’intégration existant dans d’autres pays ;
- faciliter la mise en relation entre avocats locaux et avocats de la diaspora ;
- contribuer à la réflexion institutionnelle sur les conditions d’accès à la profession ;
- assister les clients gabonais confrontés à des enjeux transfrontaliers, grâce à la présence du Réseau dans plusieurs pays.
Tout avocat gabonais souhaitant rejoindre le Barreau du Gabon, tout confrère local souhaitant développer des partenariats avec la diaspora, et toute institution intéressée par cette réflexion peuvent solliciter la section gabonaise du RIAG.
Pour nous écrire : formulaire de contact · contact@riag-avocats.org.


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